Pensées négatives - (Témoignages de mères aux prises avec un trouble de l’humeur post-partum)

Ma fille est née en juin 1994. J'ai attendu un peu plus tard pour tomber enceinte, j'avais 36 ans. Mon mari et mois avions planifié avec soin notre première grossesse. Lorsqu'elle est née, comme tous les parents, nous étions en admiration devant elle. Nous avons lu tous les livres, écouté toutes les cassettes et regardé toutes les vidéos. La vie était belle. Nous avions un bébé superbe et en santé. Les choses ne pouvaient aller mieux.

Puis, en novembre 1994, mon monde a bousculé. Ce mois-là, une certaine Susan Smith faisait la manchette en disant que quelqu'un avait volé sa voiture et kidnappé ses deux fils de 3 ans et 14 mois. Les médias en faisaient leurs choux gras. On ne pouvait pas allumer la télévision sans voir le visage de ces deux enfants. J'étais tellement inquiète du sort de ces petits, que j'en étais obsédée. Que pouvait-il leur être arrivé? Est-ce qu'on leur faisait mal? Je ne pouvais m'imaginer le cauchemar que vivait la mère. Environ une semaine plus tard, elle a confessé qu'elle avait elle-même jeté la voiture à la rivière avec ses deux enfants attachés à l'intérieur. Je n'oublierai jamais le moment où mon mari m'a annoncé cette nouvelle. J'étais complètement abasourdie. Comment une mère pouvait-elle faire une chose si horrible à ses propres enfants? Environ une semaine après l'incident, j'ai eu un cauchemar. J'ai rêvé que je faisais du mal à ma fille. À ce jour, je n'arrive pas à me rappeler des détails. Je pense qu'ils étaient si terribles, que j'en ai tout simplement bloqué l'accès à ma mémoire. Tout ce que je sais, c'est que je me suis réveillée en panique et que je ne pouvais m'arrêter de pleurer. Je ne voulais pas que mon mari aille travailler ce matin-là. Je ne voulais pas être laissée seule. J'ai longtemps caché ce cauchemar à mon mari. Il voyait que quelque chose n'allait pas, mais il ne savait pas quoi faire pour m'aider. La situation s'est détériorée. J'ai commencé à faire des crises d'angoisse. J'étais tout le temps inquiète. Je savais que je ne ferais pas de mal à ma fille, mais j'avais constamment ces images et ces idées horribles dans la tête. Je lui donnais un bain, et je l'imaginais en train de se noyer. Je ne pouvais pas me servir de couteaux, parce que les images étaient trop terrifiantes. Je promenais ma fille dans sa poussette, et j'imaginais une voiture qui nous frappait toutes les deux. C'était épuisant physiquement et émotionnellement. Je n'étais pas heureuse et je me sentais terriblement coupable. Pis encore, je déplorais le fait que toutes ces pensées me dérobaient du temps précieux que j'aurais pu passer auprès de ma fille. De longs mois se sont écoulés ainsi. J'avais le sentiment de ne pas faire partie de sa vie. Je ne faisais que des gestes machinaux.

J'ai lutté toute seule pendant un bon bout de temps. J'essayais de me convaincre de ne plus faire de cauchemars. Mon mari ne pouvait être plus encourageant, mais il ne savait pas où aller chercher de l'aide. Le point tournant a été le jour où j'ai vu dans ses yeux qu'il rêvait de retrouver la femme qu'il avait mariée. J'ai enfin décidé de faire quelque chose. J'ai pris rendez-vous avec mon médecin et j'ai accepté de prendre des médicaments. Je m'en voulais d'avoir attendu aussi longtemps. Les médicaments m'aidaient à contrôler mes angoisses, et j'ai pu enfin sortir de mon marasme. Les médicaments ont soulagé mes symptômes, mais l'aide " véritable " est venue sous la forme d'un groupe de soutien pour mères. J'ai noué des liens d'amitié avec une femme qui avait souffert d'une dépression post-partum. Sans aucune aide financière, elle ouvrait sa maison aux femmes qui souffraient de troubles de l'humeur post-partum. Cette expérience a été de loin la plus profonde de ma vie. Le fait d'entendre une autre femme avouer qu'elle avait souffert de troubles post-partum et qu'elle s'en était sortie a fait toute la différence du monde. Depuis, nous avons eu deux autres enfants. J'ai souffert de troubles de l'humeur après mon deuxième enfant, mais les symptômes étaient beaucoup moins graves. Je savais comment demander de l'aide et je l'ai obtenu beaucoup plus rapidement. Aujourd'hui, je me sens beaucoup plus forte d'avoir été capable de passer à travers cette épreuve. En ce moment, je travaille auprès de femmes qui souffrent de troubles de l'humeur post-partum. Mon travail me tient à cœur et je sais que je vais continuer à raconter mon histoire dans l'espoir d'aider d'autres femmes qui souffrent en silence.

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