Sans aucun avertissement - (Témoignages de mères aux prises avec un trouble de l’humeur post-partum)

Nous étions certains que c'était un garçon. Dès que la deuxième ligne bleue est apparue sur le test, mon mari, Éric, savait que je portais son fils. Nous étions au summum du bonheur. C'était ce que j'avais toujours voulu.

Tout s'est passé comme prévu, à part quelques petits soucis pendant la grossesse : pertes de sang, dépistage sérique faux positif, et un accouchement exténuant; le travail a duré trente heures à cause de la présentation dos à dos de mon bébé.

Thomas est entré dans notre vie deux semaines en retard. C'était un beau et gros bébé. Et j'étais terrifiée! Je n'étais vraiment pas préparée au bouleversement qu'entraînerait l'arrivée d'un bébé dans ma vie. Certes, je savais que ça ne serait pas facile et que je serais fatiguée, mais personne ne m'a dit que je ne tomberais pas instantanément amoureuse de mon enfant. Ni que j'en voudrais à mon mari d'aller travailler et que je me sentirais terriblement seule.

Il est étonnant de constater à quel point on peut faire belle figure même si on est totalement vide de toute émotion. C'est ainsi que j'ai passé la première tranche de la vie de Thomas. Dans un état second. Je ne peux trouver mieux pour décrire mon état physique et moral tout au long de la première année.
Je ne pouvais plus dormir. Même lorsque Thomas dormait pendant de longues heures, je n'arrivais pas à me détendre et à me reposer. Je faisais les cent pas dans le corridor à attendre qu'il pleure ou, pire encore, qu'il cesse de respirer. Il m'est impossible de décrire le degré d'épuisement que je ressentais. Ma vie semblait manquer de couleur, je ne sais pas comment l'expliquer autrement, mon monde se déclinait dans divers tons de gris.

Je sais qu'Éric ne se doutait pas du tout à quel point la situation était terrible pour moi. Il était très occupé dans la nouvelle entreprise familiale. Ses journées commençaient vers 4 h et, si on avait de la chance, elles se terminaient vers 18 h, sept jours sur sept. Je ne voulais pas l'ennuyer avec mes problèmes. Ma famille vivait à des heures de route de chez moi et toutes mes amies étaient occupées avec leurs propres enfants. Elles appelaient, bien sûr, et essayaient d'organiser des rencontres, mais j'avais toujours une bonne excuse pour m'esquiver.

Très peu de temps après la naissance de Thomas, je me suis jointe à un groupe de nouvelles mamans. Ça été pénible pour moi de voir les autres mères interagir avec leur bébé avec autant de joie et de facilité. J'ai vraiment essayé de faire partie du groupe et d'absorber un peu du bonheur qui m'entourait. Ça n'a pas marché. Je me sentais encore plus mal quand je sortais d'une rencontre.
J'ai été obligée d'arrêter d'allaiter Thomas quand il n'avait que neuf semaines. Je n'avais plus d'appétit du tout et je savais que je ne mangeais pas assez pour produire suffisamment de lait. Éric s'occupait des biberons la nuit pour me permettre de me reposer. Le seul problème, c'est que je n'arrivais pas à dormir. Pour régler mon problème d'insomnie, il me suggérait de faire de l'exercice, de sortir de la maison, d'être plus active. Le hic est que chaque fois que je sortais de la maison, je faisais une crise d'angoisse.

C'est à partir du moment où j'ai arrêté d'allaiter que j'ai été vraiment envahie par le désespoir. J'avais même de la difficulté à m'occuper des soins quotidiens d'un bébé. Juste m'habiller me demandait beaucoup d'effort et il était hors de question que j'essaie d'amuser un bébé de deux mois. La plupart des jours quand Éric rentrait, j'étais assise sur le plancher ou sur le balcon en tenant Thomas dans mes bras et en répétant à travers mes pleurs : " Je n'y arrive pas ". Il s'occupait alors de Thomas et me disait d'aller me reposer. Selon lui, tout ce dont j'avais besoin, c'était d'un bon repos.
Je me sentais coupable de demander de l'aide aux autres pour les tâches quotidiennes et la préparation des repas. J'avais honte de moi et j'étais certaine que personne ne comprenait pourquoi je n'arrivais pas à me sortir de ce marasme.

J'en étais rendu au point où je ne voulais plus qu'Éric quitte la maison. En fait, j'avais peur de mes réactions et de ce que je pouvais faire à Thomas si j'étais laissée trop longtemps seule avec lui. Du jour au lendemain, des pensées macabres me sont venues à l'esprit au sujet de mon bébé. Je ne peux même pas parler de certaines de ces images; ça me rend malade juste d'y penser. Peu de temps après, j'ai commencé à avoir des pensées suicidaires. Je me disais Thomas et qu'Éric seraient bien mieux sans cette folle dans leur vie.

Un après-midi, alors que les choses étaient au pire, une amie m'a rendu visite. Elle m'a littéralement traînée au centre commercial à une clinique de soins pour enfants. Comme j'aurais aimé me retrouver à des kilomètres de cet endroit. La clinique était remplie de femmes heureuses qui comparaient les étapes de développement marquantes de leur bébé. J'ai eu la pire crise d'angoisse de toute ma vie. Mais mon amie a refusé de me laisser partir. J'ai donc essayé de me distraire en lisant les affiches sur le mur.

Une en particulier a retenu mon attention. Elle parlait de dépression post-partum et de psychose. Il y avait une liste de symptômes. J'avais tous ceux de la dépression et quelques-uns de la psychose. J'en avais le souffle coupé. Je savais très bien que je faisais des crises d'angoisse, mais je n'avais aucune idée qu'elles étaient liées à la dépression post-partum. Pour la première fois depuis l'accouchement, j'ai eu une lueur d'espoir.

En arrivant à la maison ce jour-là, j'ai tout de suite composé le numéro de notre centre de santé local. L'infirmière qui m'a répondu était très calme et rassurante. Après lui avoir promis que je ne ferais aucun mal, ni à moi, ni au bébé, elle m'a dit qu'elle allait demander à une autre infirmière désignée de me rappeler. Je suis restée en ligne un grand moment avec cette dernière, qui m'a conseillée d'appeler mon médecin de famille immédiatement et de lui dire ce que je ressentais. Elle a continué à m'appeler tous les jours pendant un certain temps.

Elle me disait sans cesse que mon état était temporaire, que je me rétablirais et que je serais capable d'aimer mon enfant et de tisser des liens très serrés avec lui. Elle me rassurait en me disant que je n'étais pas une mauvaise mère. Cette femme m'a probablement sauvé la vie grâce à son encouragement constant et à sa voix chaleureuse. Mon médecin m'a reçue tout de suite. Elle m'a donné le nom d'un psychiatre qui m'a aidé à composer avec mes sentiments d'angoisse et de dépression. Peu de temps après, j'ai commencé à vivre de bons moments, ici et là, et bientôt, des bonnes journées. Étant donné que j'avais décidé de ne pas prendre de médicaments, j'ai mis un peu plus de temps à me rétablir. Il m'arrivait encore d'avoir de mauvaises journées. Mais, de semaine en semaine, petit à petit, le gris s'est estompé de ma vie. Peu de temps après, le sourire de mon fils a trouvé sa place dans mon cœur. En fait, je suis tombée follement amoureuse de Thomas et de mon mari, à nouveau. C'était comme si je me réveillais d'un long coma, je devais réapprendre à dormir, à manger et à rire. Pendant mon rétablissement, j'ai découvert une information qu'on aurait dû me dire lorsque j'étais enceinte : les antécédents de maladie mentale personnels ou familiaux sont un indice qu'une nouvelle maman risque de souffrir de troubles de l'humeur post-partum. Lorsque j'étais adolescente, j'ai souffert d'anorexie. Grâce à ma mère qui m'a bien soutenue et à un médecin dévoué, je me suis rétablie, mais cela m'a pris environ deux ans.

Éric et moi avions décidé de ne plus avoir d'enfant. Mais quand Thomas a eu neuf mois, ma belle-mère est décédée subitement. J'ai vu à quel point la famille était importante dans ces moments difficiles. Nous avons donc décidé de donner un frère ou une sœur à Thomas. Quelques mois plus tard, j'étais enceinte à nouveau.

Cette fois-ci, j'ai été proactive. J'ai appelé l'infirmière qui m'a rassurée en me disant qu'une femme ne souffre pas nécessairement de troubles de l'humeur post-partum à chaque grossesse. Elle m'a suggérée de parler à mon médecin de famille et de voir ce qu'elle recommanderait. J'ai décidé de consulter mon psychiatre à partir de mon deuxième trimestre. Je n'ai pas hésité à demander toute l'aide dont je pouvais bénéficier.

Éric a décidé de laisser l'entreprise familiale pour travailler à son compte. Il était presque toujours à la maison et prenait bien soin de moi et de Thomas. Quand Matthieu est né, il s'est occupé de lui chaque nuit pour me permettre de me reposer. Thomas était à la garderie toute la journée. Une de mes tantes, une femme exceptionnelle, venait m'aider à faire les travaux domestiques et allait chercher Thomas à la garderie à la fin de la journée. Dans les premières semaines qui ont suivi la naissance, ma mère et mon père sont venus nous rendre visite pour me tenir compagnie et pour me donner la chance de me reposer et de tisser des liens solides avec mon nouveau bébé. Les mots me manquent pour dire à quel point cela m'a aidée.

À part les baby blues habituels, la première année de Matthieu a été très facile à vivre. Malgré les coliques et l'allaitement (je l'ai allaité pendant huit mois), je n'ai jamais ressenti les sentiments d'angoisse et de dépression de ma première grossesse.

Aujourd'hui, je sais que j'ai été malade en raison du manque de soutien après l'accouchement. La plupart des nouvelles mamans ne veulent pas demander d'aide. Elles s'imaginent que si elles sont obligées de le faire, c'est qu'elles sont des ratées, surtout en notre ère de " super mamans ". Il est irréaliste de présumer qu'elles peuvent tout prendre en charge. Je pense que la société dans son ensemble se doit d'aider les nouvelles mamans autant que possible. Une naissance devrait être le moment le plus joyeux et le plus mémorable de la vie d'une femme, non un moment à oublier.

Merci d'avoir écouté mon histoire. J'espère qu'elle aidera certaines d'entre vous.

Symptômes de la dépression post-partum :

pensées obsessives ou compulsives
envie constante de pleurer pour aucune raison apparente
inquiétude déraisonnée au sujet du bébé
détresse, se sentir inadéquate ou dépassée par les événements
crises d'angoisse ou de panique
conflits entre conjoints
manque de libido
penser à faire du mal au bébé ou à un enfant plus vieux
dépression allant de la tristesse aux pensées suicidaires
incapacité de se détendre ou de dormir, même quand les enfants dorment

Symptômes de la psychose post-partum :

déconnectée de la réalité pendant des périodes de temps prolongées
hallucinations ou délires
pensées ou actes suicidaires ou penser à faire du mal au bébé

Si vous éprouvez l'un ou l'autre de ces symptômes, vous devez demander de l'aide médicale IMMÉDIATEMENT.

Facteurs de risque pouvant mener à des troubles de l'humeur post-partum :

antécédents d'abus : physique, émotionnel ou de substances
antécédents familiaux ou personnels de troubles de l'humeur post-partum
antécédents familiaux ou personnels de troubles psychiatriques
grossesse à risque élevé ou problèmes d'infertilité
récents événements stressants : décès, perte d'emploi, fausse couche
travail et accouchement difficiles
problèmes de santé liés au bébé
manque de soutien
sensibilité hormonale ou antécédents de syndrome prémenstruel
difficultés relationnelles
stress financier

Ce qu'un partenaire doit dire et faire :

" Je t'aime. "
" Ce n'est pas de ta faute. "
" Tu n'es pas seule. "
" Ça va aller mieux bientôt. "
" Même si tu te sens mal, tu peux être une bonne mère. "
" Notre bébé ne s'en portera pas plus mal. "
" Dis-moi comment t'aider. "
Changez les couches, jouez avec le bébé.
Soyez au courant de l'heure des boires et donnez le biberon au bébé.
Préparez des repas nourrissants; encouragez les amis à apporter des repas tout faits.
S'il y a d'autres enfants, occupez-vous en. Dites-leur que leur maman va aller mieux.
Soyez attentif aux besoins de la mère, à son appétit, à son sommeil, à ses sentiments, à son niveau d'énergie.
Écoutez-la.
SOYEZ PATIENT.

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Symptômes des troubles de l’humeur post-partum

SI VOUS ÉPROUVEZ OU SI UNE PERSONNE QUI VOUS EST PROCHE ÉPROUVE L'UN OU L'AUTRE DE CES SYMPTÔMES, CHERCHEZ DE L'AIDE, TÉLÉPHONEZ OU RENDEZ VISITE À :

  • Votre fournisseur de soins de santé (médecin de famille, sage-femme, infirmière, obstétricien-gynécologue, psychiatre)
  • Votre bureau de santé publique local : Service Ontario 211 www.211ontario.ca
  • Télésanté : 1 866 797 0000 or
    ATS 1 866 797 0007
  • Service Info Santé mentale Ontario :
    1 866 531 2600

 

 

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